Le Grand MEAULNES à Senon

balatho, dimanche 05 juillet 2009 - 08:30:17


Le Grand MEAULNES à Senon
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Qui ne connaît pas le Grand MEAULNES, ce grand classique de la littérature française ?

Mais combien savent que son auteur a foulé le sol de Senon durant la guerre de 14-18 ?

Il disparaîtra ensuite dans la région dans des conditions qui, durant de nombreuses années, susciteront beaucoup d’interrogations.


Alain-Fournier en 1905



Alain-Fournier, auteur du Grand MEAULNES

De son vrai nom Henri-Alban FOURNIER naît le 3 octobre 1886 à la Chapelle-d'Angillon, dans le Cher.

En 1903 l'adolescent s'inscrit au lycée Lakanal de Sceaux afin de préparer le concours d'entrée à l'École Normale Supérieure auquel finalement il échouera.
C'est durant cette vie de lycéen que se déroule un événement qui sera déterminant dans la vie sentimentale et littéraire d'Henri-Alban FOURNIER. En effet, en juin 1905 il croise une jeune fille d'une grande beauté : Yvonne de QUIEVRECOURT .
De cette rencontre naîtra une relation essentiellement intellectuelle qui oppose une Yvonne coquette plus âgée à un Henri FOURNIER sentimental et amoureux. Il découvre à 19 ans l’amour dont il écrira plus tard " Cet amour, si étrangement né et avoué, fut d’une pureté si passionnée qu’il en devint presque épouvantable à souffrir ".
Yvonne finira par lui révéler qu’elle est déjà fiancée et en 1907 il apprend son mariage puis la naissance de son premier enfant qui lui inspirera ces mots "Elle est plus perdue pour moi que si elle était morte. Je ne la retrouverai pas dans ce monde ".
Yvonne de QUIEVRECOURT hantera longtemps FOURNIER et deviendra le personnage d’Yvonne de GALAIS dans le Grand MEAULNES.

En 1910 Henri-Alban FOURNIER est employé en tant que journaliste à Paris-Journal et y rédige de façon régulière un courrier littéraire. Au même moment commence une liaison avec Jeanne BRUNEAU, modiste, qui inspirera vraisemblablement le rôle de Valentine dans le Grand MEAULNES.


Le Grand MEAULNES

C'est durant cette période que FOURNIER entreprend la rédaction d'un roman autobiographique, Le Grand MEAULNES.

François, quinze ans, narrateur du récit, est le fils de M. et Mme Seurel, instituteurs de Sainte-Agathe, en Sologne. Il fréquente le Cours Supérieur qui prépare au brevet d’instituteur. Un mois après la rentrée, un nouveau compagnon de dix-sept ans vient habiter chez eux. "L’arrivée d’Augustin MEAULNES fut pour moi le commencement d’une vie nouvelle" écrit François. La personnalité mystérieuse d'Augustin, que les élèves appellent bientôt "le Grand MEAULNES", va troubler le rythme monotone de l'établissement scolaire et fasciner tous les élèves.
Mais résumer ce chef d’ouvre serait le trahir.


Plaque commémorative posée le 21 novembre 2006, 2 rue de CASSINI à Paris où habita Alain-Fournier


En 1912, FOURNIER quitte la rédaction du quotidien parisien pour entrer comme secrétaire, grâce à Charles PEGUY, au service de Claude CASIMIR-PERIER, fils de l’ancien président de la république Jean CASIMIR-PERIER. Le jeune homme entame alors une liaison orageuse avec l'épouse de Claude CASIMIR-PERIER, Pauline BENDA. Des années plus tard elle lèguera à la Bibliothèque Nationale son importante correspondance avec FOUNIER.

De juillet à novembre 1913, La Nouvelle Revue française commence la publication de l’oeuvre romanesque d’Alain-Fournier, Le Grand MEAULNES, achevée au début de l'année.


Un passage à Senon

Dès la déclaration de guerre, au mois d'août 1914, l’écrivain est mobilisé.

Le 9 août 1914, au départ de Mirande dans le Gers, Alain-Fournier rejoint alors le front avec la 67e Division de Réserve qui inclut le 288e Régiment d’Infanterie dans lequel il est lieutenant d'infanterie.

Le 17 août les soldats arrivent à Châlons-sur-Marne, puis se dirigent vers Dombasle et Nixéville. Le 21 et 22 août, les troupes opèrent dans le secteur d’Eix-Abaucourt.

Le 23 août, les soldats sont à Senon et Amel. Le 24 ils seront à Eton.

Après différents mouvements résumés sur la carte ci-dessous, le 21 septembre les soldats arrivent dans le secteur des Eparges, lieu de terribles combats.



Déplacements de la 67e D.R.: 1 (Eix-Abaucourt 21-22/8), 2 (Senon, Amel 23/8), 3 (Eton 24/8), 4 (Maucourt, Mogéville 25/8), 5 (Dugny 26/8), 6 (Les Paroches 27-28/8), 7 (Ancemont, Récourt 29/7), 8 (Dieppe 30/8), 9 (Brabant, bois de Consenvoye 31/8), 10 (Champneuville, Vacherauville 1/9), 11 (Dieue, Ambly 2 au 4/9), 12 (Courouvre 5/9), 13 (Souilly 6/9), 14 (Ippécourt 7/9), 15 (Osches 8-9/9), 16 (Courouvre, Laheymeix 10-11/9), 17 (Neuville, Rambluzin 12/9), 18 (Ancemont , les Monthairons 13/9), 19 ( Eix, Châtillon 14/9), 20 (Eix, Belrupt 15 au 17/9), 21 (Fromezey, Herméville 18 au 20/9), 21 (Mouilly, Vaulx-les-Palameix 21/9)


Une mort en pleine gloire et entourée de mystère

Le 22 septembre suivant, après quelques semaines de combat, le lieutenant Henri Alban FOURNIER est porté disparu près de Saint-Rémy-la-Calonne, dans le secteur des Eparges, avec vingt de ses compagnons d'armes.
La guerre continue. On ne peut pas rechercher tous les cadavres, surtout enterrés à la hâte par l’ennemi.

Mais déjà, les témoignages se contredisent quant à la disparition de FOURNIER: tel a vu le lieutenant s'écrouler, frappé au front ; pour tel autre, il n'était que blessé, il s'est traîné sous un arbre, il a supplié qu'on vienne à son secours; tel encore précise qu'il a été emmené par des brancardiers ennemis.
Les choses prennent une autre dimension avec le témoignage, plus tardif d’un sergent de la compagnie de FOURNIER. Selon lui, les soldats français sont tombés sur un convoi sanitaire ennemi, ce qui explique la mention de brancardiers dans les premiers témoignages. Ils tirent et font des prisonniers. D'autres Allemands, à moins de 50 mètres, font alors feu sur la compagnie de FOURNIER. Tirer sur des blessés est un crime de guerre : les survivants français faits prisonniers ont pu être fusillés en représailles par les Allemands, et parmi eux se trouvait peut-être FOURNIER.
Des suspicions naissent sur sa disparition et nourrissent l’imaginaire pendant de nombreuses années. Sa mort en pleine notoriété et en pleine guerre sacralise et mythifie le personnage.


Des recherches pour retrouver son corps

Il est certain que sans la présence de cet auteur mythique aucune recherche n’aurait été entreprise et les disparus dormiraient toujours dans les bois de Saint-Rémy-la-Calonne.

Ce n'est qu’en novembre 1991, que l'on retrouve le corps d'Alain-Fournier, parmi vingt autres, enterrés dans une fosse commune par les allemands.
Le squelette a un bras derrière la tête, l'autre le long du corps. Sur les os des avant-bras, deux galons décolorés rappellent son grade.
La découverte est due à un habitant de Saint-Rémy-la-Calonne, petit-fils d'un soldat de 1914.
Il a suivi des indications de deux enseignants retraités, passionnés par le Grand MEAULNES et par son auteur, et qui ont collecté et traduit les témoignages des soldats allemands engagés dans les combats. Les résultats des autopsies achevées en juin 1992, ont révélé des impacts de balles peu nombreux, ce qui exclut l’hypothèse d’une exécution. Six crânes ont été retrouvés traversés de part en part par une balle, mais pas celui d'Alain-Fournier, laissant penser que ces six soldats ont reçu le "coup de grâce", comme cela était d'usage, aux soldats agonisants.

Henri-Alban FOURNIER repose désormais dans la nécropole nationale de Saint-Rémy-la-Calonne, dans la Meuse.
Son nom est inscrit au Panthéon de Paris sur le mur des écrivains morts pour la France durant la guerre de 14-18 .

Parmi tous les jeunes soldats de la guerre de 14-18, combien d’autres Grand MEAULNES ont foulé la terre de Senon et des environs et y laisseront leurs rêves d’adolescents ? Pour avoir défendu la Patrie en danger, combien restent encore enfouis anonymes sous cette terre sans la proximité d’un soldat célèbre et mythique qui puisse les sortir un jour de leur anonymat ?

Laurence, avril 2009

En savoir plus:
L’énigme Alain-Fournier par Alain DENIZOT et Jean LOUIS, 112 pages, 2000



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