De l’or et de l’argent : les richesses du sous-sol de Senon

Laurence, dimanche 17 mai 2009 - 22:00:00





De l’or et de l’argent : les richesses du sous-sol de Senon
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Le sous-sol de Senon s’est révélé particulièrement riche dans le passé puisque de nombreuses découvertes archéologiques et monétaires y ont été faites.

Cependant sa constitution géologique a elle-même été source de richesse pour le pays à une époque désormais révolue. Non seulement des carrières ont alimenté la région, mais une extraction d’argent, de cuivre et même d’or est rapportée dans les ouvrages anciens.

La géologie de Senon confirmée par l'étymologie

Le sous-sol de Senon est constitué de différents étages du jurassique. En particulier le calcaire gris oolithique est typique de la région.
A Senon, la pierre est donc grise, gélive, veineuse, et clayonnée par des moies (partie tendre rencontrée dans une pierre dure); elle n’est pas encore pleinement consolidée.
L’étymologie de Senon confirme sa géologie, comme l’explique JEANTIN. Selon lui, issue du celtique et de l’hébreu l’appellation Senon se compose :


  • du radical samech, dont le sens est appuyé sur et de l’idée mesurative se-ah, en français mesure, expression qui indique la position relative d’un lieu, par rapport à soi

  • du locatif ennah, qui veut dire en deça de, par rapport à l’objet considéré

  • du spécificatif on, qui signifie plénitude, plein, pleine puissance, trésors ; idée spécifique dont l’application est faite ici, à l’étage oolithique considéré du point de départ de sa formation naissante dans l’Ornois, à son point d’arrivée en pleine puissance, sur le portland du Dormois.

Senon est donc situé, c'est-à-dire appuyé surce qui est en deça d’un sol pleinement affermi. Telle est, lettre par lettre, la traduction du mot, en hébreu, traduction que confirme la géologie.


D’anciennes carrières

La région a compté un grand nombre de carrières dans les calcaires gris oolithiques . On y a exploité des pierres de taille qui avaient souvent le défaut d’être gélives à l’humidité. Celles mêmes qui étaient les meilleures lorsqu’elles étaient extraites au printemps ne résistaient pas à la gelée lorsqu’elles étaient extraites à une époque plus avancée de l’année, et qu’elles n’avaient pas eu le temps de perdre avant les froids leur eau de carrière.
Les principales carrières de ce groupe étaient celles de Senon, Amel, Rouvres, Etain, Warcq
Luzy, Baalon, Han-lès-Juvigny, Louppy, Saint-laurent, Châtillon, Vaudoncourt, Gouraincourt.
Les carrières d’Amel et Senon fournissaient une pierre grise, gélive, veineuse et renfermant des moyes. En 1852 la pierre de taille brute et les moellons piqués, pris à la carrière, y coûtaient 6 fr 75 c et la blocaille 75 c le mètre cube ; la taille de la pierre valait 1 fr 40 c par mètre carré.
Deux carrières existaient à Amel desquelles quatre ouvriers extrayaient annuellement 120 mètres cubes de pierre de taille et 60 de moellons piqués.
Senon comptait 3 ou 4 ouvriers qui produisaient 100 mètres cubes de pierre de taille et 50 de moellons.
A titre comparatif, Etain à la même époque comptait 9 carrières. Dans les années 1850, sept d’entre elles étaient encore en activité et produisaient annuellement 7 000 à 8 000 mètres cubes de pierre de taille, blocaille et pierre à chaux.
A Gouraincourt, le territoire produisait des pierres de taille de qualité médiocre, de la blocaille et des pierres de bonne qualité pour l’entretien des routes. Les pierres de tailles, elles aussi gélives à l’humidité, étaient cependant de qualité supérieure à celles d’Amel et Senon.
A Senon, au lieu dit Le Perche une carrière était encore en exploitation en 2003.


Des mines d’or et d’argent à Senon

Senon a été le théâtre des anciennes mines royales de la Centena de l’Orne, au temps des Mérovingiens, la centena étant une division d’étendue comparable à celle de nos cantons. Cette centena s’est instituée après l’établissement de curtis dans la région. Le mot curtis désigne un domaine agricole gallo-romain et est d’ailleurs à l’origine de la plupart des noms de villages se terminant en –court.
Des mines d’or, d’argent, de cuivre et de plomb ont été exploitées sur les territoires d’Amel et Senon. C’est ce que révèle JEANTIN en 1852 dans ses Chroniques de l’Ardenne et des Woëpvres.
La découverte de substructions à Senon est elle aussi à mettre en rapport avec l’exploitation de mines. La signification hébraïco-celtique du mot Senon indique que l’épuration du minerai s’opérait par l’action des feux souterrains ; et il faut remarquer, indépendamment des boyaux et corridors intérieurs qui y ont été découverts, que le mot Senon signifie aussi vieux trésors dans les anciens dialectes.
L’extraction d’or et d’argent n’est pas un fait spécifique de Senon. D’autres lieux proches ont eu une activité semblable. Ainsi, dans les temps anciens, le territoire de Billy-sous-Mangiennes a révélé l’existence de mines argentifères. Elles y ont été exploitées en commun par le roi Jean de Bohême, comte de Luxembourg, et l’évêque d’Haraucourt de Verdun.
C’est d’ailleurs de cette exploitation que provient la figuration des armoiries de cette commune portant trois billettes d’argent en champ d’azur.



Armoiries de Billy-sous-Mangiennes : témoins de la présence d’argent dans la région



A Mangiennes, l’activité des mines était en lien avec la fabrication de monnaies et un atelier monétaire y fut créé en 1619 par Charles de Lorraine, évêque de Verdun.
L’étymologie d’autres noms de lieux de la région confirme l’existence de mines.
Ainsi Gremilly vient de Gremio minarium illi qui veut dire ceux qui sont au sein des mines.
Près de Gremilly, Maucourt tire son nom de l’hébreu me-ah, meod, signifiant centaine et d’une curtis qui lui a donné le suffixe –court . Ce toponyme fait référence très probablement à une centaine de mineurs établie dans la curtis.


Y a-t-il encore des richesses inexploitées dans le sous-sol de Senon ? Qu’elles soient archéologiques ou géologiques, quelles découvertes livrera cette terre dans le futur pour peu qu’on s’y intéresse ? Nul ne le sait aujourd’hui.

Laurence, mai 2009





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