L’impact de la première guerre mondiale sur les archives de Senon

Laurence, samedi 13 juin 2009 - 21:45:08


L’impact de la première guerre mondiale sur les archives de Senon
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Très tôt durant la première guerre mondiale, les dégâts du conflit soulèvent la question de la sauvegarde des archives des communes. Comme beaucoup d’autres municipalités, Senon est concerné.


Les premières investigations de Aloys RUPPEL dès 1915

Dès la fin de janvier 1915, Aloys RUPPEL (1882-1977) historien, bibliothécaire et archiviste allemand, directeur des archives du Bezirk Lothringen (arrondissement de Lorraine), est chargé par le chef de l’administration civile allemande du gouvernement de Metz de prendre les mesures nécessaires à l’égard de la sauvegarde et de la conservation des archives pour les territoires de Longwy et Briey. Les archives présentent en effet une valeur administrative et historique.
A cette fin, Mr RUPPEL visita environ 260 communes.
Lors de ses déplacements A. RUPPEL constate que les œuvres d’art en pierre et en marbre ont été plus respectées que les archives par les soldats et les habitants.
Le papier et le parchemin ont été plus exposés à la destruction par le feu et ont même parfois servi de combustible. Souvent, par mesure de précaution, ces mêmes papiers et parchemins ont été transportés dans des caves humides ou des greniers mal fermés et faisaient alors le régal des souris.

En 1916, le champ d’investigation du Dr RUPPEL s’élargit et il examine plus d’un millier d’archives, certaines jusque dans le département de l’Oise.

Inquiet des responsabilités en présence de tant de ruines, il insinue que les destructions doivent être attribuées à l’artillerie française. Et tout en reconnaissant le zèle de certains maires, curés, notaires, secrétaires de mairies, enseignants, percepteurs et châtelains, il vante parfois de façon exagérée le courage des soldats allemands qui dans des localités bombardées ont emballé sous sa direction des liasses de documents pour les emporter avec eux


Les archives malmenées

Dans son rapport publié en 1917, A. RUPPEL décrit l’état des archives des localités qu’il a visitées.
A Senon, les archives communales étaient brûlées. Des restes d’archives paroissiales furent déterrés dans les ruines de l’église détruite en 1914.
A Etain, les archives se trouvaient entassées dans deux salles restées intactes à l’hôtel de ville.
A Briey il constate un grand désordre dans le grenier de la sous-préfecture où les archives gisaient pêle-mêle.
A Longuyon les archives antérieures à 1790 manquaient.
A Billy, les archives communales étaient brûlées, mais celles de la paroisse purent être retirées de la boue et des ordures.
A Domrémy-la-cane les archives avaient été descendues dans des caves à l’humidité.
A Foameix tout avait brûlé sauf des restes des archives paroissiales conservées dans la sacristie.
A Montmédy, les archives communales ainsi que les archives judiciaires étaient en ordre dans des armoires bien fermées.
A Muzeray les archives se trouvaient dans la maison du maire et le grenier du presbytère.

En résumé et outre ces communes, l’inventaire de RUPPEL montre que les archives communales ont été en grande partie détruites sur le front de Verdun, et qu’ailleurs elles ont été pillées en partie et détériorées par un séjour dans des caves humides, quand elles ne sont pas tombées au fumier comme à Buzy.


Des mesures de conservation

Au début, ne prévoyant pas la durée de la guerre, RUPPEL ne se préoccupa que de trouver sur place les endroits les meilleurs pour mettre à l’abri ce qu’il subsistait des documents et de fournir aux autorités locales les instructions destinées à les aider pour les protéger au mieux. Certains maires ou certains enseignants lui témoignèrent alors un accueil réservé, voyant dans cette main mise sur les archives de la part du gouvernement allemand des moyens de préparation d’une annexion.
Là où il y avait un danger trop immédiat de bombardement, RUPPEL fit transporter les archives à Metz, au Bezirksarchiv, par le train ou l’automobile, de manière à y mettre un peu d’ordre et des les inventorier.
Ainsi une soixantaine de fonds d’archives furent déplacés à Metz parmi lesquels : Senon, Etain, Foameix, Loison, Vaudoncourt, Briey, Montsec.

A l’accusation des journaux français qui qualifièrent les allemands de destructeurs d’archives, RUPPEL riposta en argumentant que son action est accomplie dans l’intérêt de la civilisation, de la science et de l’administration, et non pas destinée à s’assurer la propriété des collections de documents dont il avait pris possession.


Si les déplacements de fonds d’archives présentent toujours des risques de pertes, ils ont permis néanmoins durant la première guerre de conserver ce qui avait pu être mis à l’abri avant leur transfert.
Tout comme pour les découvertes archéologiques faites à Senon, les allemands ont donc joué un rôle sur les documents anciens du village qui ont pu nous être légués. Il est vrai cependant qu’il était dans leurs plans de s’assurer de ces documents une possession moins précaire en les transportant d’abord à Metz voire à Valenciennes, puis de là à Leipzig, Bruxelles ou même Berlin.
L’établissement en double exemplaire des actes d’état civil (l’un étant conservé à la mairie, l’autre aux Archives Départementales) a certainement été aussi bénéfique à la transmission des informations malgré les destructions liées à la guerre.


Laurence, juin 2009

Inspiré de: Les archives de Lorraine pendant la guerre, par Ph LAUER, Bibliothèque de l’école des chartes, 1918, vol 79, N°79, p253-258.



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