Fusillés à Senon le 28 Août 1944

Pascal GROSDIDIER, dimanche 08 septembre 2013 - 12:35:18

Fusillés à Senon le 28 Août 1944





Le lundi 28 août 1944, huit jeunes maquisards originaires de Villerupt, dont un de Thil, de 18 à 23 ans, passèrent par ce lieu "carrière Jean BERTAUX".Malgré les conseils des paysans qui se trouvaient ce jour là dans les champs, non loin de là, ces huits jeunes persistèrent à vouloir combattre l'ennemi avec leurs armes.

Les huit victimes du massacre de Senon furent enterrés à l'endroit de leur exécution, enterrés par des villageois de Senon sous la conduite du maire, Henri TAVERNE.
Un mois plus tard, les corps furent exhumés pour être rendus à leurs familles.
En 1945, le nouveau maire mit une croix à l'emplacement, ce maire était Charles ROUSSEL.
En 1987 un monument de pierre fut construit par le maire Jean ROUSSEL fils de Charles ROUSSEL, aidé par l'ouvrier communal.
L'inauguration eut lieu le 6 septembre 1987 avec la présence d'autorités civiles et militaires dont Jean COSSON chef des FFI du secteur.
Les noms des victimes furent également rappelés sur une plaque posée sur la façade de la mairie :


Deux des noms des victimes sur la plaque posée sur la façade de la mairie comportent une erreur :

RIECHLING J. faux
REICHLING J. juste

Guido UGOLINE faux
Guido UGOLINI juste




- Bruno NINASSI : 20 ans
- Astolfo FRANCESCONI : 17 ans
- Joseph NAZARCZUK : 18 ans
- Bernard PANTANELLA : 21 ans
- Jean REICHLING : 19 ans
- Juras SUSKI : 17 ans
- Sylvain TRIFFAUX : 23 ans
- Guido UGOLINI : 20 ans







24 septembre 1944, les victimes sont rendus à leur famille : Cérémonie au cimetière de Villerupt






"Et Toi passant que le hasard amènera en ce lieu, regarde vers cette stèle, souviens toi qu'ici huit Jeunes se sont sacrifiés pour conserver à leur Pays le droit à la Vie et à la Liberté et qu'enfin ce monde Libre et Fraternel, pour lequel ils ont lutté, devienne une radieuse réalité."

Jean ROUSSEL


Jean ROUSSEL




Deux des noms des victimes sur la plaque posée sur la façade de la mairie comportent une erreur :

RIECHLING J. faux
REICHLING J. juste

Guido UGOLINE faux
Guido UGOLINI juste


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Témoignage de Jean-Jacques SCHMIT :

Je me permets de vous raconter ce que mon grand-père Antoine REICHLING, décédé, et ma mère SCHMIT-REICHLING Jacqueline m'ont dit sur les fusillés de Senon.

Jean REICHLING faisait parti d'un groupe FFI de Villerupt. Ce groupe collectait des renseignements et faisait passer des personnes recherchées en zone libre.

Au mois de juillet 1944, il avait apporté des renseignements à un Monsieur LE MONTEC qui était bûcheron à Loison ? Au retour, Jean REICHLING avait failli être pris par les allemands, qui lui avaient tiré dessus. Blessé il avait réussi à rentrer chez les siens, il avait les genoux en sang à force de ramper. Il avait dit a ma mère. "J'ai vu la mort, je ne partirai plus".

Le 27 août 1944 l'un des FFI, Bernard PANTANELLA, est venu voir Jean REICHLING et lui a dit que la Gestapo le recherchait, et il l'a supplié de le faire passer en zone libre. Mon grand-père Antoine REICHLING lui a dit de ce cacher et d'attendre les troupes américaines, que la guerre serait bientôt fini.
Mais devant l'insistance de Bernard PANTANELLA, Jean REICHLING pris la décision de partir le lendemain 28 août. En partant à 6 heures du matin Jean REICHLING dit a ma mère: "Tu verras je serai sur le premier char américain qui libérera Villerupt".

Les 8 FFI partirent de VIllerupt et ils arrivaient a Senon vers 20 heures où ils se cachaient dans des buissons, pour manger et attendre la nuit. Peu après 20 heures, un engin blindé du 17 SS Panzer Grenadierdivision venant de la D14 ouvrit le feu sur les buissons ou les FFI mangeaient. Ensuite les SS ont achevés les blessés a coups de crosse ( dents cassées ) et leurs ont tirés une balle dans la nuque. Les SS ont pris leurs argent et le peu de biens qu'ils avaient et ont fêté une partie de la nuit. Mon grand-père m'a dit que les 8 FFI n'avaient que un seul pistolet Browning pour ce défendre.

10 septembre 1944, libération de Villerupt. Ne voyant pas Jean REICHLING revenir mon grand-père prit son vélo et partit trouver Monsieur LE MONTEC à Loison ? Celui-ci lui apprit que les 8 FFI n'étaient jamais arrivés chez lui.

En s'arrêtant dans une épicerie a Senon mon grand-père apprit que les allemands avaient massacrés 8 maquisards et l'épicière lui dit: " Monsieur, parmi les 8, il y en avait un qui vous ressemblais comme deux gouttes d'eau ".
Mon grand-père apporta la triste nouvelle a Villerupt.
La laiterie de Villerupt, propriété de Madame Léa PIERRI, prêtât sa camionnette pour transporter les cercueils à Senon.

Le 20 septembre 1944, l'anniversaire des 42 ans de ma grand-mère Gabrielle REICHLING, les 8 Maquisards furent exhumés.
Etaient présents, mon grand-père Antoine, ma grand-mère Gabrielle et ma mère Jacqueline.
En exhumant Jean REICHLING de terre sa tête se détacha et roula aux pieds de ma grand-mère et de ma mère.
Ma grand-mère s’évanouit.
L'un des maquisards, Sylvain TRIFFAUX, 23 ans, était papa d'une petite fille de 3 ans.

Après la guerre mon grand-père a cherché pendant des années à savoir ce qui s'était passé. Il apprit qu'une personne avait prévenu les allemands que des maquisards se cachaient dans les buissons. Il ne lui fut jamais possible de savoir qui était cette personne.

Il y a quelques jours de cela, ma mère Jacqueline SCHMIT-REICHLING, 86 ans, a accepté de me raconter cela.
A la fin de son récit elle pleurait, et m'a dit." Si tu savais, mon frère Jean, il aimait tellement la vie. Il attendait la fin de la guerre pour enfin manger a sa faim".
Certaine blessures ne guérissent jamais. J'ai du lui promettre de ne plus jamais en reparler.

Début 1945 deux Gendarmes frappent a la porte de mes grand-parents.
" Gendarmerie Nationale, nous venons chercher votre fils Jean REICHLING, pour faire son service militaire".
Mon grand-père les regarde et leurs dit: "Attendez je vais le chercher" et il rentre dans la maison. Il ressort en tenant dans sa main la Légion d'Honneur et la Croix de Guerre avec palmes a titre posthume de son fils.
" Cela est tout ce qui me reste de mon fils, il a donné sa vie pour la France".
Les deux Gendarmes ont salués et sont partis.

Info:
Bernard PANTANELLA était recherché par les allemands, car il était de nationalité italienne et il aurait du faire son service militaire en Italie.
Ma mère ne ce souvient plus exactement si Monsieur LE MONTEC habitait Loison.

Note personnelle:
Les paysans ont dit que les 8 jeunes voulaient combattre les allemands avec leurs armes ??
1) Les 8 n'avaient que un pistolet Browning. Et je les vois mal si faiblement armé attaquer les troupes allemandes, surtout des SS. Cela aurait été suicidaire.
2) Ils voulaient rejoindre la 3 armée américaine du Général PATTON pour mettre Bernard PANTANELLA en sécurité.
3) Et ils voulaient revenir avec les troupes américaines libérés Villerupt, et leurs servir d'éclaireurs.




Jean REICHLING né le 20.05.1925 - 5, rue des Peupliers, Cantebonne, Villerupt. - décédé le 28.08.1944 à Senon
Résistant FFI
Dernière photo prise de Jean REICHLING lors ses 19 ans.
3 mois plus tard, à Senon...

Information:
Famille REICHLING
REICHLING Antoine épouse Gabrielle
4 enfants
Jean + , Jacqueline, Gilbert, Mireille.

Il y a longtemps mais je me souviens encore une photo de Jean REICHLING était posée sur le meuble de la cuisine de ma grand-mère. Et enfant je demandais qui était ce monsieur?
C'est notre fils Jean qui a été tué par les allemands. Cela était dit avec un tel sentiment de tristesse que je n'osais plus demander autre chose.
2 fois seulement mon grand-père m'en dit un peu plus.
Jean REICHLING aimait la France et il avait du mal a accepter l'occupation allemande.
Il s'était engagé volontaire comme chasseur alpin dans les troupes d'armistice, dans le département de l'Ain, en début de l'année 1942.
Il avait triché sur son âge, il avait 17 ans. Son régiment de chasseur alpin a été dissout en novembre 1942 l'or de l'invasion de la zone libre par les allemands. Il voulait servir la France, et il était entré dans la résistance.

Ma mère n'a jamais voulu parler de cette époque car les images de l'exhumation la hantait.
Moi je respectais cela dans un silence pudique.
Il y a quelque jours je lui ait dit:
On a le droit de savoir pourquoi sur une stèle il y a 8 noms, et pourquoi ils sont morts. Et que c'était le moment de me parler avant que ce soit perdu a jamais. Pour que l'on n'oublient pas.
Elle m'a dit: "Juste cette fois-ci, après plus jamais."

Jean REICHLING était plein de vie, il avait une telle joie de vivre qu'il communiquait a son entourage.
Il avait dit a ma mère: Tu verras quand la guerre sera fini je m'achèterai un pain rond que je poserai sur ma tête comme une couronne et je le mangerai tout en une fois.
Après la guerre des lettres arrivaient chez mes grand-parents de personnes qui demandaient des nouvelles de Jean.
J'ai dit a ma mère que les gens ignoraient presque tous sur les 8 jeunes maquisards. Et que ce n'étaient pas seulement que des noms.

Tu es mort le jour ou on ne prononce plus ton nom.

Jean-Jacques SCHMIT





Sont remerciés pour cet article

feu Jean ROUSSEL

Alain ARTISSON pour les précisions apportés à cette article.


Jean-Jacques SCHMIT pour son témoignage émouvant.





Cet article est de Senon
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